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L’IA va-t-elle remplacer notre besoin de maitriser l’anglais ? (Tribune parue dans les Echos)
Vous le lisez partout : l’IA, et plus précisément les outils d’IA générative, risquent de remplacer de nombreuses professions. Rédacteurs, photographes, ingénieurs informatiques, avocats… autant de métiers qui doivent faire face à une vague qui inquiète autant qu’elle fascine.
Les métiers liés à l’apprentissage des langues et de la traduction sont en première ligne de cette déferlante.
Dans ce contexte, qu’adviendra-t-il de l’apprentissage des langues en général et de l’anglais en particulier ? Cette dépendance à l’IA et aux LLM (Large Language Model), va-t-elle rendre optionnel l’apprentissage de l’anglais ?
Maitriser l’IA, c’est maitriser l’anglais
Une récente enquête*, menée auprès de 1 325 DRH issus de 17 pays (dont la France), montre exactement le contraire…
74 % des décideurs RH interrogés en France estiment ainsi que l’intégration de l’IA accroît le besoin de maîtrise de l’anglais. Au niveau mondial, ce chiffre grimpe à 81%, traduisant peut-être un retard de perception de la France.
Mais pourquoi ce besoin accru d’anglais ?
En moyenne 90 % des DRH interrogés sont d’accord avec ces 4 facteurs d’explication :
1. L’utilisation d’une variété toujours plus grande d’outils utilisant l’IA ;
2. La nécessité de vérifier l’exactitude des informations générées par l’IA ;
3. La nécessité de formuler des prompts efficaces ;
4. L’évolution des responsabilités induites par l’automatisation, permise par l’IA.
Renforcer notre pratique de l’anglais pour rester dans la course
Année après année, les baromètres internationaux dressent le même constat : la France accuse un retard persistant en anglais, dans les sphères scolaire et professionnelle.
Or, rappelons-le : maîtriser l'anglais constitue un levier de développement, à double titre. Pour le salarié d'abord, dont l'employabilité se trouve renforcée. Pour le pays ensuite, pour lequel l’anglais constitue un moteur de croissance pour nos exportations.
Face à une collaboration mondiale qui s'accélère et une adoption exponentielle de l'IA au sein de nos entreprises, la pratique de l’anglais – et donc de son évaluation – doit être renforcée, pour en faire un atout stratégique.
Le rapport met également l’accent sur la question de l’évaluation qui demeure un point sensible, particulièrement en France. Si 89% des décideurs RH estiment l'anglais plus stratégique qu'il y a 5 ans, seuls 21% déclarent exiger aujourd'hui une certification pour tout nouveau recrutement. 54% l'envisagent d'ici cinq ans.
Faut-il un seuil d'anglais obligatoire en fin d’enseignement secondaire ?
Le rapport montre enfin que les pays ayant instauré un niveau minimum d'anglais à la sortie du secondaire obtiennent de meilleurs résultats en entreprise.
Ainsi, au niveau mondial, 83 % des employeurs dont le gouvernement impose un niveau minimum d'anglais se déclarent très satisfaits de la capacité de leurs collaborateurs à développer de nouveaux partenariats commerciaux, contre 76 % chez ceux qui ne sont pas soumis à cette obligation. D’autres effets positifs sont constatés sur la productivité ou la satisfaction client.
Il serait intéressant pour la France, qui ne dispose pas d’une telle pratique, d’ouvrir ce débat de fond sur le rôle des pouvoir publics dans la formation linguistique et la certification des futurs actifs.
Alors, doit-on renforcer notre pratique de l’anglais en France ?
Comme dirait le Premier d’entre nous : « for sure » !
Laurence Carlinet, Secrétaire Générale d’ETS EMEA
*Le TOEIC Global English Skills Report est un rapport basé sur une enquête en ligne menée auprès de 1 325 décideurs RH dans 17 pays : Brésil, Chine, France, Allemagne, Indonésie, Inde, Japon, Mexique, Maroc, Arabie Saoudite, Corée du Sud, Espagne, Taïwan, Thaïlande, Turquie, Émirats arabes unis et Vietnam du 30 septembre au 10 octobre 2025.